Autant j’aime la région de Magog-Orford, autant à l’occasion je m’échappe vers le Val Saint-François, cher à mon cœur. Pourquoi cher? Peut-être en premier lieu parce que mon père est venu au monde à Saint-François-du-Lac, à proximité de la rivière aux innombrables îles portant le même nom que le sympathique saint. Beaucoup plus tard, alors que j’étais à la recherche d’une maison de campagne, j’ai découvert Richmond, Danville et Ulverton et retrouvé avec joie les attraits multiples de cette rivière qui traverse, tantôt paresseuse et tantôt tumultueuse, de nombreux et coquets villages fondés par des colons venus de Nouvelle-Angleterre.

Maison - Sous le charme de la Rivière Saint-François par Marie-José Maher aux Éditions Bel Âge

De Magog à Richmond, c’est 45 minutes que je m’offre régulièrement en retrait de mes activités coutumières, à l’abri de ma petite voiture au ronronnement sonore qui fait écho à la musique dont je me remplis les oreilles quand je voyage. Samedi dernier c’était Ten new songs  de Leonard Cohen qui me tenait compagnie.

Dans les environs de Windsor, comme toujours, les vallons dont les coloris varient au gré des saisons m’ont charmée et comme à chaque visite, ou presque, des chevreuils étaient présents dans le paysage et, ce samedi, broutaient de l’herbe roussie, en petits groupes. Les talus qui bordent la route étaient velus d’herbages d’or pâle qui ondulaient au vent, assez présent. Et lorsque l’église en brique rouge de Richmond m’est apparue au détour de la route, j’ai ressenti la même émotion.

J’ai toujours aimé les paysages et le patrimoine architectural des Cantons de l’Est et du Val-Saint-François et je me soucie de leur préservation. Alors je fronce les sourcils quand je découvre sur une petite église anglicane des couleurs « décoratives » qui ne respectent pas son caractère original, simple et épuré. Je m’inquiète de la construction d’un bâtiment de ferme qui ne s’intègre absolument pas dans le cadre environnant, je m’affole de la « rénovation » de maisons victoriennes aux magnifiques toits d’ardoise qui n’a rien à voir avec la restauration minutieuse qu’elles mériteraient et je suis horrifiée par les façades de bric et de broc qui masquent la délicatesse des ouvertures enjolivées de dentelles en bois de certains bâtiments anciens au cœur des villages. J’omets de qualifier ma réaction devant la destruction de superbes constructions du 19e  siècle qui sont rasées on ne sait trop pourquoi et laissent place à d’innommables bunkers de béton.

Excessif comme réaction? Je ne crois pas. Notre patrimoine architectural est porteur d’une histoire dont nous aurions toutes les raisons d’être fiers. Les bâtisseurs d’autrefois avaient pour la plupart un grand respect de l’harmonie des lieux et qu’il se perde, dans une région où il y a tant d’espace, tant de talents et de ressources me désole profondément. C’est ainsi.

Marie-José Maher